Disgression

J’ai déjà mis mes graffs en ligne sur le web il y a quelques années. Je voulais montrer mes pièces au monde entier alors j’ai ouvert un fotolog. Puis j’ai laissé tomber.
Il y a quelque temps de ça, je me suis créé un flickr et puis comme j’aime bien les graffs germaniques j’ouvre même un streetfiles. J’y publiais des photos pour la plupart déjà diffusées en magazines. Mais peu importe, la démarche d’ouvrir un compte et de poster mes photos me plaisait.
Et puis le temps passe. Je mûris. Je me lasse. Je supprime tout. A vrai dire ça tournait en rond. Il y avait toujours les mêmes anonymes qui commentaient tes plus belles croûtes par des « dope », « cool piece », « nice colors » mais qui n’avaient, à mon sens, qu’un seul truc en tête: que tu cliques sur leur profil en retour. Un vrai plan de communication bien huilé.
Le graffeur est déjà un spécialiste de la communication urbaine, avec l’arrivée d’internet, il s’adapte et devient un as du plan com sur la toile.

S’ajoute à cela la machine elle-même (le site web) qui fait tout pour que l’abonné n’ait aucun effort à faire pour chercher du contenu. C’est lui qui vient à toi: mise à jour, mail automatique, etc. Tout pour te prévenir que tes petits copains viennent de diffuser de la « nouveauté ». C’est beau! Aucune action pro-active. Passivité. Enfin presque: Tu cliques. Tu passes à la suivante. Tu cliques. Tu passes à la suivante. Tu ne rates plus rien! Toutes ces photos à qui le spectateur va laisser quelques millièmes de secondes pour convaincre. Comble de l’irrespect. Je préfère organiser ma communication ici.
J’ai bien conscience que je m’assois sur des centaines de « vues », mais là n’est pas l’objectif premier. Ici je suis chez moi et toi tu as eu la démarche de venir…et ça, ça change tout ! Et puis ici, on met ce que l’on veut sans à priori: une pièce ratée, un sketch récent, une vieille photo, un texte, une idée, une pensée. On est pas en campagne électorale. Je n’essaye pas de te séduire mais de te montrer.

Internet. Au final, j’aime y découvrir les graffitis d’autrui mais je ne souhaite pas y participer. Je suis à la retraite. Je produis peu alors je préfère garder mes photos et les diffuser à bon escient. En fait, je suis resté à l’âge du magazine. C’est mon kiff. Tu feuillettes, tu regardes, tu scrutes…tu colles le magazine à 5 cm de tes yeux pour voir les petits détails, voir si c’est bien ton nom en dédicace. Tu prends le temps de t’imprégner de la pièce, de comprendre, d’analyser… Tu as aussi fait la démarche d’acheter ou de voler (selon tes principes) le magazine. Et puis le magazine reste au fil des années. Il peut ressortir d’un carton et être lu 10 ans après sa parution. C’est un objet qui se tient entre les mains de son lecteur. J’aime quand l’image peut se toucher.

Alors, j’envoie volontiers mes photos quand on m’en demande. Je le fais depuis un moment. Je sais que c’est pas classe du tout de dire ça, mais bon ma crédibilité dans le graffiti…voilà quoi. En y réfléchissant, cette idée a perdu de son sens depuis que tout le monde met son travail sur Internet. Il y a tellement de gens qui le font, qu’on peut se dire que finalement, cette règle tacite de ne pas envoyer ses photos était quand même bien hypocrite. On dirait que le graffeur s’émancipe.

Avant il fallait faire des tirages, envoyer ces petites enveloppes: ça coûtait cher. Maintenant tu fais un mail. C’est simple et rapide. Envie de montrer ce que l’on sait faire mais sur le bon support et dans le bon magazine. Là encore, difficile de faire son choix: les magazines qui tiennent la route sont devenus rares. Certains sortent du lot : Overkill, UP, Bomber, Incognito… Sinon, beaucoup de fourre-tout, de magazine « Pif Gadget » où la loupe est fournie avec ou encore « Le Parisien », magazines à sensation avec des interviews carambares où tu n’apprends rien. Dans ce type de parutions, l’interview reste d’ailleurs souvent un prétexte aux photos (alors que l’inverse pourrait être tellement plus passionnant). « Stylefile », je l’oubliais, le plus connu. Parfois d’excellentes photos, parfois de moins bonnes. En tout cas, il correspond le plus à mon graffiti (avec Overkill) c’est pourquoi je lui envoie mes pièces. Mais Underground Production reste pour moi la référence, tant pour la mise en page que pour le contenu rédactionnel ou encore le choix des articles. Il fait parler les gens et les graffitis.

Tout cela est bien controversé… Rien n’est blanc. Rien n’est noir. Il y a aussi du gris et d’autres couleurs.

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